J’ai fait l’école buissonnière ce matin pour pouvoir regarder la course live sur la télé. Je dis «sur» et non pas «à», parce que comme il n’y aucun poste dans toute l’Amérique du Nord qui diffuse les courses de vélo, je me suis abonnée à un réseau payant qui les diffuse live sur Internet. En branchant mon portable à la télévision, je peux visionner la course sur grand écran. J’étais persuadée que Cavendish gagnerait la course et pour être franche c’est pour ça que je tenais y assister, je voulais le voir outsprinter Tom Boonen et les autres, comme à Sanremo. Finalement, Cavendish n’a rien pu faire : une crevaison à 7km du départ l’a empêché d’être à l’avant du peloton quand celui-ci s’est scindé, après environ 10 km de course. Ils se sont retrouvés 40 coureurs devant et le reste derrière, résigné. C’est resté comme ça jusqu’à la fin. Boonen était devant mais il a crevé deux fois, par malchance : ça l’a sorti de la course. Les attaques se sont multipliées au sein du groupe de tête, le décimant un peu plus chaque fois. C’est sur le Kemmelberg que tout s’est joué.
J’ai eu raison de faire l’école buissonnière. D’abord, il neigeait quand je me suis levée, et il a neigé une bonne partie de l’avant-midi. Si ça se trouve, même s’il n’y avait pas eu Gent-Wevelgem aujourd’hui, en voyant toute cette merde blanche par terre, je serais peut-être retournée me coucher. J’aurais fait la grève de la neige. Mais bon, une course de vélo, c’est pas mal une meilleure raison pour ne pas aller en cours. Et quelle course, d’ailleurs! Une vraie, à la belge, avec des vents latéraux, de la pluie, des pavés, des attaques et des grimaces de douleur.
Je suis contente parce que j’ai pu voir la première victoire vraiment significative d’Edvald Boasson Hagen, un jeune coureur norvégien, très talentueux, que je surveille depuis déjà un bon bout de temps. Depuis qu’il s’est joint à l’équipe T-Mobile, qui est maintenant devenue Team Columbia. D’ailleurs Boasson Hagen venait tout juste de signer avec T-Mobile quand le sponsor allemand s’est retiré du cyclisme. Bob Stapleton, le manager, l’avait alors informé de ses projets (soit de maintenir l’équipe avec sa propre fortune dans l’attente d’un nouveau sponsor) et lui avait laissé la liberté de briser son contrat s’il jugeait préférable pour sa carrière de joindre une équipe moins précaire. Paraît-il que Boasson Hagen a tenu dur comme fer à rester avec l’équipe. Avec le recul aujourd’hui, on peut dire c’était un bon choix.
Chez Columbia on surnomme le jeune Norvégien « Eddy », d’abord parce que c’est un surnom logique pour quelqu’un qui se prénomme Edvald, ensuite par référence à nul autre que le grand Eddy Merckx. Parce que le talent, chez Boasson Hagen, est éclatant. Peu après qu’il eut rejoint l’équipe, Stapleton a déclaré que c’était peut-être le plus grand talent à n’avoir jamais été signé par celle-ci. Et on se rappelle que Jan Ullrich courait pour T-Mobile. Que Cavendish faisait partie de l’équipe à ce moment là. À 21 ans, Boasson Hagen en est déjà à sa seconde année chez les professionnels et à sa 8e victoire sur le circuit. C’est dire. Et puis on ne sait pas tout à fait quel type de coureur il est vraiment; d’ailleurs lui-même ne semble pas le savoir. Il sprinte, il roule, s’en tire bien quand ça grimpe. On l’a d’ailleurs déjà comparé à Jan Ullrich, à cause de sa puissance au contre-la-montre. Autre ressemblance : la nonchalance « I just wanna race. » disait-il en interview sur Cyclingnews, avouant se foutre pas mal de tout le reste.
En tous cas, tant qu’il court comme ça, il peut courir tant qu’il veut. Ce n’est pas moi qui vais me plaindre. Plutôt, j’admirerai.