À croire que Pat McQuaid lui a lui-même téléphoné.

-          Depuis que t’es parti, Lance, ça marche plus, on n’arrive pas à soulever  l’intérêt. Pourquoi tu reviendrais pas faire quelques courses? Ça nous donnerait tout un coup de pouce, toute une publicité. .. Non, non, t’en fais pas, tu bénéficierais d’une protection de l’UCI… c’est ça, intouchable… Tu pourrais jouer le jeu, comme ils font chez Saxo-Bank et Astana…voilà, un faux programme anti-dopage, comme ça, la crédibilité…

Et le voici, le grand Lance, sur les routes d’Adélaïde, au départ de la course qui doit officialiser son comeback. Il porte le maillot bleu poudre de l’équipe Astana, des lunettes soleil, il a le sourire aux lèvres. « C’était une bonne idée de revenir », qu’il se dit. La foule est en délire, elle est venue nombreuse et sa présence la survolte.

Depuis une semaine qu’il est en Australie, les médias n’en ont que pour lui. Ses faits et gestes sont reportés partout dans le monde; son nom, partout dans les journaux, sur internet, est aussi sur toutes les lèvres. Le Tour Down Under, du reste une petite course qui n’a jamais suscité qu’un engouement modéré, prend soudain une proportion exagérée. La présence d’Armstrong éclipse celle des favoris, des coureurs locaux. Elle éclipse la course elle-même.

Et c’est justement là, le problème. Demandez à ceux qui savent qu’Armstrong est revenu à la compétition cette semaine s’ils ont suivi la course. Demandez s’ils peuvent nommer un autre coureur qui y participait, s’ils savent qui a gagné. Vous verrez que Lance Armstrong ne suscite pas de l’intérêt pour le vélo, mais pour Lance Armstrong. La preuve, l’intérêt ne subsiste pas à son absence.  

Au moins, sa présence aura eu l’avantage d’attirer les foules, ce qui a permis aux coureurs de vivre une expérience saisissante: les Australiens, en particulier, ont goûté cette frénésie et l’ont traduite, sur le vélo, par une énergie, par un désir de briller qui ont animé la course d’un bout à l’autre. Citons, à l’exemple, les bons résultats des O’Grady, Hayman et Renshaw,  la belle victoire de Robbie McEwen, celle de Graeme Brown, ainsi que celles, trois fois répétées, d’Allan Davis, qui s’est aussi emparé de la première place au classement final.

 L’an dernier, le TDU avait été dominé par l’allemand André Greipel, dont on a d’abord pensé qu’il réussirait à défendre son titre – surtout après qu’il se fut adjugé la première étape – mais qu’une chute força à l’abandon.  Cette chute, qui projeta au sol une vingtaine de coureurs, a été provoquée par une motocyclette appartenant à l’escorte policière, garée tout contre le bord de la chaussée.  Matthew Hayman expliquait aux reporters de Cyclingnews qu’il y avait aussi beaucoup de véhicules garés le long des routes, et que cette situation était due au manque d’expérience des policiers, qui ne sont pas familiers, comme on l’est en Europe, avec les courses cyclistes. Gageons que ça pourrait changer, si l’influence d’Armstrong va jusqu’à inspirer les favoris du Tour, et que, suivant son exemple,  ils débutent à l’avenir leur saison dès janvier.