Ce weekend, j’ai passé deux avant-midis sur les routes étroites des Flandres à m’émerveiller devant les performances des Tom Boonen, Matti Breschel, Dominique Rollin, Fabian Wegmann et autres coureurs venus participer au E3 Prijs Vlaanderen et la Flèche Brabançonne, ces semi-classiques qu’on appelle des courses «préparatoires», parce qu’elles offrent aux coureurs une dernière occasion de s’affûter pour les grandes classiques, plus prestigieuses, que sont le Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Je n’avais jamais eu la chance d’assister à ces courses auparavant, vu qu’elles ne sont pas transmises à la télévision ni ici, au Québec, ni en Allemagne, où j’ai vécu quelques mois. Je n’aurais jamais cru faire un aussi bon coup en m’abonnant au service de retransmission vidéo en direct offert sur le net par cycling.tv : le forfait que j’ai choisi me donne accès à la transmission d’un grand nombre de compétitions et ça m’a permis de découvrir que les petites courses sont parfois plus excitantes que les Grands Tours…

 

D’abord, comme ce sont des courses d’un jour, elles ne sont pas courues de la même façon. Les attaques sont plus nombreuses, les coureurs ne s’en gardant pas sous la pédale pour le lendemain. Ce que j’aime, c’est que ce sont les gros coureurs qui font les échappées. Je ne me souviens pas d’avoir déjà vu Boonen tenter une attaque au Tour de France, ni Thor Hushovd ramener une échappée. Et c’est ça qui est spécial, quand on regarde une classique, c’est que t’as Boonen qui attaque dans une côte pavée longue d’un kilomètre à une déclinaison pas possible et tout le monde se met à courir après, ou enfin, tous ceux qui en sont capables, et ils ne sont pas nombreux. J’ai rarement vu Tornado Tom plus convainquant de puissance que lorsqu’il a attaqué, samedi, sur le Taaienberg, rarement vu autant de force dans quelques coups de pédales. Un vrai cheval, je vous dis.

 

Un autre qui a dans les cuisses la puissance d’un cheval, c’est le Québécois Dominique Rollin, qui, ce dimanche, a fait toute une démonstration de son talent sur la Flèche Brabançonne. Il était dans l’échappée initiale, qui comptait douze coureurs, mais qui n’a jamais été autorisée par le peloton à prendre beaucoup d’avance. Lorsqu’ils ont été rejoints par celui-ci, Rollin est resté un moment en son sein, puis quand il a senti qu’un bon coup se jouait à l’avant, il a tenté sa chance encore une fois et est parti en chasse-patate à la poursuite des échappés. Malheureusement, il n’a pas pu se rendre jusqu’à eux : le peloton, tiré par les équipes non représentées à l’avant, est revenu sur lui et l’a avalé. L’échappée tenait bon, pourtant, et le fait que des coureurs comme Karsten Kroon, Fabian Wegmann et Frederik Willems en fassent partie ne faisait que la rendre plus menaçante. L’équipe Cervélo, à laquelle appartient Rollin, a mis au point l’une des plus belles stratégies dont j’ai été témoin jusqu’à maintenant dans le sport cycliste. Malgré les efforts qu’il avait fourni toute la course jusque là, Rollin s’est mis à l’avant et a tiré le peloton comme un forcené, ses jambes levaient bien haut et ils assenait ses pédales avec puissance, de sorte que bientôt le peloton, qui se maintenait à un écart de 20-30 secondes avec l’échappée, est revenu assez près pour permettre aux coéquipiers de Rollin de lancer une attaque. Simon Gerrans est sorti du peloton comme une balle, tirant derrière lui Xavier Florencio pour lui donner la poussée nécéssaire pour qu’il puisse rejoindre l’échappée. Un très bel exemple de travail d’équipe.

 

Je suis vraiment contente qu’un Québécois soit rendu à ce niveau-là et qu’il puisse en mettre autant la vue aux gens du milieu cycliste. Après une telle performance, impossible qu’il passe inaperçu. Bravo, Dominique!